Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 07:00

Être époux, être épouse :

fonder la relation et la vivre à tous les âges de la vie  (4e partie)

Module diocésain de formation, saint Jean-Baptiste de la Salle, 27 novembre 2010
par le Père Jacques de Longeaux
Texte intégral
Document préparatoire en pdf (lecture recommandée)
Source : http://www.paris.catholique.fr


3. Un amour qui enveloppe le bien de toute la personne (suite)

 

Mais, nous savons que le sentiment change avec le temps. L’amour passionné devient une amitié profonde, moins fusionnelle, plus mûre, plus ouverte. Il y a un risque à identifier l’amour conjugal au transport amoureux des premiers temps. Si c’est le cas, la banalité du quotidien, au lieu d’être le lieu de l’amour, apparaîtra comme son fossoyeur. Et l’on cherchera à revivre avec quelqu’un d’autre l’état amoureux qui nous avait rendu, pour un temps, apparemment heureux en transfigurant la réalité.

Nous avons un corps et une affectivité, mais nous avons aussi une raison et une volonté. On ne fait plus aujourd’hui de mariage de raison, dans lequel on tient ensuite par un acte de la volonté, en prenant sur soi, parce que c’est notre devoir. Mais le risque est inverse : au nom de l’amour, exclure la raison et surtout la volonté.

Or le véritable amour conjugal inclut, intègre, la raison et la volonté. La raison : il ne faut pas s’engager dans un mariage dont on a toutes les raisons de penser qu’il ne pourra pas tenir. Il faut réfléchir un peu, ne pas se laisser aveugler par le sentiment. On rencontre aujourd’hui le problème inverse : la difficulté de s’engager, parce qu’on voudrait être certain de ne pas courir à l’échec. De là, la pratique aujourd’hui très répandue de vivre ensemble avant le mariage, afin de vérifier si l’on est bien ensemble. On sait d’ailleurs que cela n’empêche pas les divorces, au contraire, car on ne peut pas fonder un mariage seulement sur le constat que « ça marche ».

C’est là qu’intervient la volonté. Le mariage est fondé sur une décision commune de construire une union, une famille ; sur la volonté d’affronter ensemble les difficultés qui pourront surgir. Nous disposons aujourd’hui de tous les moyens de conseil conjugal pour aider un couple à traverser une épreuve, à surmonter une crise. Encore faut-il que l’un et l’autre le veuillent, qu’ils en aient la volonté.


La définition classique, théologique de l’amour est : vouloir le bien de l’autre. Il ne faut pas entendre ici le verbe « vouloir » dans un sens volontariste. La volonté est d’abord un attrait, un élan, vers un bien conforme à la raison, un bien véritable qu’il convient d’aimer. Vouloir le bien de l’autre dans le mariage, c’est lui être attentif, partager ses joies, être à ses côtés dans ses difficultés, l’accueillir comme il est, ne pas l’écraser, ni le diminuer parce que l’on est déçu qu’il/elle ne soit pas conforme à l’idéal que l’on s’était représenté, le soutenir dans ses projets, l’écouter quand il a besoin de parler, se taire quand il préfère rester silencieux, être son aide, son allié(e) en toute circonstance, l’aider à progresser humainement, spirituellement, le corriger éventuellement en faisant passer les messages avec cette intelligence du cœur qui fait que le conjoint ne sera pas blessé, ou avec humour, sans lui faire la leçon. Se marier c’est gagner un allié pour la vie !

Tout cela relève de l’intelligence du cœur et d’une inclination de la volonté, qui surmonte les réactions spontanées de l’affectivité. C’est ici qu’il faudrait parler du pardon et de l’obéissance réciproque dont le modèle est la relation d’amour et de service du Christ et de l’Église (cf. Ep 5,21-32). Mais chacun des ces deux thèmes pourrait occuper à lui seul toute une conférence.

Corps, affectivité, raison et volonté, à quoi il faut ajouter le cœur. Ce centre le plus intime de la personne, le lieu de la rencontre avec Dieu selon la tradition spirituelle, cette part de la personne qui échappe toujours et qui fait que l’autre demeure un mystère. Heureusement qu’il en est ainsi ! Si je prétends connaitre parfaitement mon conjoint ou mes enfants, il y a bien des chances que je l’emprisonne dans une idée toute faite et que mon « amour » soit étouffant ! L’amour suppose le respect du mystère de l’autre, créé par Dieu, destiné à la vie éternelle. Il y a en chacun de nous un fond irréductible de solitude qui est le lieu de la présence de Dieu. C’est là aussi, comme je l’ai déjà dit, que la liberté a sa racine et que s’origine l’amour.

Il reste deux dimensions essentielles de la personne que le véritable amour conjugal intègre : la dimension temporelle et la dimension sociale. Sous ces deux aspects c’est l’ouverture à l’autre, et plus généralement l’intégration de l’altérité, qui est en jeu.
Dimension temporelle : chacun est situé dans une histoire. Il est marqué par cette histoire, il en est en partie le fruit. L’amour conjugal assume le passé de l’être aimé, il ne peut pas faire comme s’il n’avait pas existé. Mais surtout, le consentement matrimonial fonde une histoire commune, une histoire pour la vie. Être époux, épouse, c’est avancer ensemble dans la vie, et non pas rester fixés à un moment, à une période de la relation, l’éblouissement initial par exemple, ni chercher à retrouver, à répéter, l’état amoureux du commencement (quel qu’il ait été : il n’y a pas de modèle unique, chaque couple, et chacun dans le couple, est différent).

Se marier, c’est croire que le temps qui passe est la chance de l’amour et non pas sa perte, parce que c’est avec le temps seulement qu’on peut connaitre vraiment l’autre (et se connaitre soi-même) et l’aimer en vérité. Le mariage est une relation ouverte en avant d’elle-même et non pas nostalgiquement tournée vers le passé.


L’enfant est par excellence celui qui ouvre la relation conjugale vers l’avenir. Avec l’enfant les époux s’inscrivent dans la succession des générations. Ils transmettent la vie qu’ils ont reçue. Leur amour s’enrichit de la responsabilité qui leur incombe, des joies partagées, des difficultés portées ensembles. De façon générale, le véritable amour conjugal aspire à la fécondité, à construire quelque chose. Don mutuel des époux, il veut donner à son tour. Ensemble, donner la vie ! Tel est certainement l’un des critères de la maturité d’une relation amoureuse : est-ce que je suis prête à vouloir que cet homme soit le père de mes enfants ? Est-ce que je suis prêt à vouloir que cette femme soit la mère de mes enfants ? Que mes enfants soient nos enfants ? Les couples sans enfant, ou ceux qui ont des difficultés à avoir un enfant, témoignent par leur souffrance même, combien le désir de fécondité est inscrit au cœur de l’amour conjugal. Il y a d’autres fécondités, mais elles ne remplaceront jamais tout à fait l’enfant qu’on n’a pas eu. Assumer l’épreuve n’est pas la nier.


 Les époux exercent un service responsable de la vie, d’une vie qui vient de plus loin qu’eux. L’enfant n’est pas d’abord, ni seulement, la réalisation de leur désir d’enfant, de leur « projet parental ». Par ce service de la vie (Vatican II parle à ce propos de « ministère », Gaudium et Spes 51 § 3), ils collaborent à l’amour créateur de Dieu.

La dimension sociale, enfin. Lorsqu’on tombe amoureux, on est seul au monde. Mais assez vite, on s’aperçoit que l’autre a une famille, des amis, des collègues de travail. Une étape est franchie le jour où l’on commence à parler de son ami(e) à sa famille, le jour où on le (la) présente à ses amis. Lorsqu’on se marie, on est intégré dans la famille de son conjoint, et l’on sait que cela ne se fait pas toujours sans difficulté. Et que dire du groupe des copains du mari, des copines de la femme ! Une certaine vie sociale du mari et de la femme à l’extérieur du couple semble importante pour son équilibre. Les époux ne sont pas obligés d’être toujours et tout faire ensemble. Sur ce point, il n’y a pas de règle, chaque couple trouve son propre équilibre (qui peut varier au cours de l’existence).


Plus fondamentalement, le mariage fondement de la famille s’inscrit dans la société. Il n’est pas la partie purement privée et intime de l’existence. Tant que la relation amoureuse est jalousement préservée dans la sphère privée, elle n’a pas encore atteint la maturité d’un amour conjugal. Un mariage, une famille, est une petite société, une société domestique, qui est en interaction avec la grande société. Le mariage est une institution sociale parce que le bien de la société et son avenir reposent en partie sur le lien familial et sur la famille. De même, le mariage de deux baptisés constitue une « petite Église », une « Église domestique » (cf. Familiaris Consortio 49).

C’est pourquoi le « mariage à l’Église » n’est pas une célébration privée, seulement amicale et familiale. Elle a un caractère ecclésial. Le prêtre représente le Christ qui unit les époux dans le sacrement (ce n’est pas le prêtre qui est ministre du sacrement de mariage, mais c’est bien le Christ qui agit à travers l’échange des consentements des époux), mais il représente aussi l’Église, témoin de l’union de deux des siens, de ses enfants, heureuse de ce nouveau couple chrétien qui se constitue.

Dans la mentalité individualiste dominante, cette dimension sociale du mariage et de la famille est souvent sous-estimée, voire oubliée. Elle est pourtant très importante. Un mariage, une famille s’inscrivent dans la société et doivent être ouverts au monde qui les entoure. Les époux doivent préserver du temps pour eux et pour leurs enfants. Mais ils doivent être aussi présents au monde dans lequel ils vivent, sensibles aux besoins de la société et de l’Église, prêts à répondre à leurs appels, dans la mesure de leur possibilité, sans mettre en danger l’équilibre conjugal et familial.


Sommaire

1e partie : L'égale dignité personnelle de l'homme et de la femme

2e partie : L'alliance conjugale

3e partie : Un amour qui enveloppe le bien de toute la personne

Partager cet article

Repost 0
Published by Equipe du blog - dans Conférences
commenter cet article

commentaires

guison 09/02/2012 23:10


Le Père Denis Sonet organise un voyage pour célibataires de 28 à 50 ans à Santorin du 22 au 29 Avril(alternance de temps d'enseignements et de découvertes du village d'Oia et de l'île de
Santorin) .Je n'arrive pas à vous joindre le flyer qui est en pièce jointe sur ma boîte mail .Sur


http://www.issimonia.com/, le voyage de l'année dernière.Si vous me donnez une adresse mail, je vous ferai suivre le flyer.


Merci d'avance.


S.Guison


 

celibataire catholique 03/04/2012 12:34



Merci de votre message.


Notre adresse mail est: pelerinage.celibataires06 (arobase) gmail.com



Présentation

  • : Célibataires chrétiens: en route vers le Mariage
  • Célibataires chrétiens: en route vers le Mariage
  • : Ce blog apporte du sens sur la question du célibat des chrétiens/chrétiennes qui ont vocation à se marier religieusement et à fonder une famille chrétienne. Le blog répertorie les sites, les documents, propose la découverte de témoignages vécus sur le célibat chrétien non-consacré et apporte son grain de sel (de la Terre) sur cette question ô combien délicate. Frères et Soeurs, nous sommes plusieurs à vivre ce chemin de Vie qui nous fait franchir les difficultés pour mener au bonheur.
  • Contact

Rechercher

Archives