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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 07:00

Le pèlerinage des célibataires à Sainte-Anne d'Auray est historique : premier pélé à être créé en 1997 en réponse à l'homélie du Pape Jean-Paul II, prononcée l'année précédente durant sa visite au sanctuaire consacré à Sainte Anne. Deux sources officielles pour rendre compte de cet événement de grande ampleur  : l'article du Télégramme du 6 mai 2010 est à consulter ici et l'homélie de Monseigneur Centène est à lire ici.

 

Décryptage de l'homélie de Monseigneur Centène : les passages en gras soulignent à la fois les erreurs fréquentes et la voie à suivre.  Les passages en gras ET soulignés exigent une lecture attentive pour bien comprendre le message de l'évêque.

 

A vous de discerner ;) Attention pour l'amour d'amitié, l'évêque ne demande pas à ce que vous vous enfermiez dans l'amitié, il insiste sur l'expression admirable d'amour qu'est l'amitié entre un homme et une femme, dans le couple chrétien.

Oubliez l'amour passionné et le désir charnel comme actes fondateurs de votre couple, ce sont des sables mouvants. Ils ne résisteront pas au temps. Etre en couple n'est pas à considérer comme une finalité en soi.

Pour faire son choix entre la vocation consacrée ou la vocation au mariage, il faut bâtir de bons repères : toute la difficulté est là, surtout quand vous êtes "déboussolé"... et considérer les célibataires comme détenteurs d'une boussole qui indique la bonne direction, c'est mettre de côté que dans le couple, et ensuite dans la vie de famille, cette boussole est à conserver avec soi, dans la foi.

La dimension du partage, de la fraternité, est exprimée en filigranne tout au long de l'homélie. Et pourtant, ce n'est pas exprimé avec ces termes précis. Car, si les mots utilisés ne correspondent pas à votre langage, vous n'écoutez tout simplement pas.

 

 

LE TELEGRAMME

Sainte-Anne-d'Auray.230 célibataires chrétiens en pèlerinage
6 mai 2010

Chaque année, lors du 1er mai, se déroule le pèlerinage des célibataires chrétiens. Pour cette treizième édition, ils n'étaient pas moins de 230 à se retrouver au sanctuaire de Sainte-Anne-d'Auray. Des pèlerins qui viennent essentiellement du Grand Ouest, mais aussi de Marseille, Toulouse ou encore de la région parisienne. Différents temps de partage et d'enseignements se sont tenus avec Mgr Gourvès, ancien évêque de Vannes, Mgr Centène, évêque actuel, et Claire Lesegretain, journaliste à La Croix.

 

 

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Homélie de Mgr CENTENE le 2 mai 2010 lors du pélerinages des célibataires


« Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres ».

Frères et Sœurs, lors du dernier repas que Notre Seigneur prend avec ses disciples, à l’instant précis où commence Sa Passion, après que Judas fût sorti pour Le livrer, Il leur donne, Il nous donne un commandement nouveau. Dans notre société occidentale sécularisée où si souvent, hélas, la Foi est réduite à sa dimension horizontale, il est fréquent d’entendre que le grand commandement d’amour du Christ, le commandement des commandements est « Aimez-vous les uns les autres ». Un commandement nouveau, vraiment ? Le Livre du Lévitique, antérieur de plusieurs siècles à l’Incarnation du Fils de Dieu, nous livre déjà ce commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19,18). Où est la nouveauté ?

Mais le Christ ne dit pas seulement : « Aimez-vous les uns les autres » Il dit : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres ». Au  centre de la répétition : « Aimez-vous les uns les autres », il y a « Comme je vous ai aimés ». Il s’agit d’aimer, certes, mais - et voilà la grande nouveauté de Celui qui « fait toute chose nouvelle » - d’aimer COMME Lui nous as aimés.

Comment le Seigneur nous a-t-il aimés ? Il nous a aimés d’un amour comme il n’en existe pas de plus grand, il a donné Sa vie pour nous. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Non seulement par Sa mort sur la Croix pour notre salut, mais par Sa vie toute entière, intégralement livrée. Et cet amour absolu, éternel, c’est Dieu lui-même. Non pas un attribut de Dieu, non pas une de ses qualités, mais Dieu lui-même, son être même, comme l’affirme si clairement saint Jean lorsqu’il dit « Dieu est amour ».
Deus Caritas Est, première encyclique de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI. Mystère central de la Foi de l’Eglise, unique clé ouvrant la porte du sens de notre existence et du sens de toutes choses. C’est le compréhension de ce Mystère comme englobant tous les autres qui fait dire à saint Augustin : « Aime et fais ce que tu veux ».

Que d’erreurs ont été pensées, écrites, dites et propagées à partir de cette phrase ? Que d’erreurs sur la conception de ce qu’est l’amour. Car, en définitive, qu’est-ce qu’aimer ? Saint Thomas d’Aquin, sur les ailes de qui, comme l’enseigne le Pape Léon XIII dans son encyclique Aeterni Patris, « la raison, portée jusqu’au faîte de l’intelligence humaine, ne peut guère monter plus haut », saint Thomas d’Aquin a défini l’acte fondamental d’aimer de manière fort simple : « Aimer, c'est vouloir du bien à quelqu'un » (Somme théologique, Ia IIae, q. 26, art. 4).
Vouloir. Un acte de la volonté. Comme nous sommes loin de ces conceptions lénifiantes et hédonistes de l’amour glorifiant les affects, les passions, le sentimentalisme émotionnel, le rosasse sucré d’un monde dégoulinant de ces bonnes intentions dont on dit l’enfer est pavé !
L’amour n’est pas un sentiment duquel nous dépendrions, allant et venant au gré de nos humeurs passagères, mais bel et bien le choix libre d’un don de soi, d’un décentrement de soi en vue du bonheur de l’autre. Nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu car nous sommes créés en vue de l’amour seul, l’amour de Dieu et l’amour du prochain.

Le Christ n’affirme pas autre chose dans l’Evangile: « Un scribe qui avait entendu la discussion, et remarqué que Jésus avait bien répondu, s’avança pour lui demander : « Quel est le premier de tous les commandements ? » Jésus lui fit cette réponse : « Voici le premier : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mc 12,28-31).

Ainsi donc, Frères et Sœurs, il nous est commandé d’aimer, et d’aimer comme Jésus nous a aimés, par un don total de nos vies, c'est-à-dire d’être des saints. Rien de moins. Le projet de Dieu pour chacun de nous, qui lui appartenons par le baptême, est la sainteté.

La constitution dogmatique Lumen Gentium du 2ème concile du Vatican, reprenant la Tradition pérenne de l’Eglise, enseigne : « Il est donc bien évident pour tous que l'appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s'adresse à tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur état ou leur rang » (LG 32).
« Quels que soient leur état ou leur rang ». La sainteté n’est pas réservée aux moines ou à quelques parfaits retirés du monde, mais commandée à TOUS les baptisés.

Pour parvenir à cette finalité ultime qu’est la sainteté, il existe de nombreux moyens. La prière, la vie sacramentelle, le service caritatif, mais aussi certains états de vie comme la vie consacrée dans le sacerdoce ou la vie religieuse et le mariage. Tous ces moyens sont bons et essentiels à la vie de l’Eglise mais ils restent ordonnés et subordonnés à leur fin, ils sont au service de la sanctification de chaque membre du Corps du Christ.

C’est pourquoi les personnes qui ne sont encore engagées ni dans la vie consacrée ni dans le mariage, n’en ont pas moins leur place pleine et entière dans la communion de l’Eglise et dans la société.

Il est néanmoins vrai que le célibat non choisi peut entraîner parfois des ressentis douloureux exprimant des besoins d’espérance et de fécondité.

Nous vivons, en effet, dans une société au sein de laquelle l’épanouissement personnel passerait nécessairement par de nombreuses « conquêtes » et une activité affective et sexuelle débordante sans laquelle il n’y aurait pas de bonheur possible. Combien de chrétiens eux-mêmes voient dans le célibat sacerdotal ou consacré une limitation insupportable ?

Nous vivons dans une société où l’oubli de Dieu et de la vie éternelle promise mène à absolutiser la vie en couple comme finalité ultime, laissant à ceux qui ne la vivent pas le goût amer d’un apparent échec et à ceux qui la vivent et ne peuvent qu’en voir les limites, le goût tout aussi amer d’un espoir d’absolu déçu.

Nous vivons dans une société où les valeurs appartenant au monde de l’enfance – spontanéité joyeuse, créativité ludique, immédiateté dans la satisfaction, absence de projet à long terme – sont survalorisées tandis que l’autorité, la transmission d’un savoir, le respect de la parole donnée et de la loi sont dénigrées. Aussi, avoir des enfants et vivre avec eux deviendrait donc nécessaire pour ne pas être « ringard ».

Nous vivons dans une société où la véritable amitié, construite dans la durée et la fidélité, a été remplacée par les relations fugaces et virtuelles – les réseaux sociaux comme « facebook » par exemple –  où il s’agit de collectionner le nombre maximal de pseudos-amis, à qui bien souvent nous ne parlons jamais. Dispersion et superficialité sont accentuées par la mobilité constante, les déménagements incessants dûs à l’évolution de la vie professionnelle.
Combien de couples aujourd’hui se sont engagés ou s’engagent tête baissée dans une aventure aussi exigeante que le mariage sans avoir pris conscience de la nécessité fondamentale du véritable amour comme don radical de soi-même qui ne peut être réalisé qu’en construisant sa maison sur le roc ?
Combien de demeures bâties sur les sables mouvants s’effondrent et s’enlisent laissant parents, enfants, familles entières détruites et désarmées pour avancer dans le pèlerinage de la vie sur Terre jusqu’au but final de la vie en Dieu?

Ici le célibat peut prendre sens comme temps de maturation personnelle, comme temps d’apprentissage patient des vertus nécessaires à une vie accomplie que sont prudence, tempérance, force et justice, dans un abandon réel et une recherche active de la volonté de Dieu. Ainsi, peut-on s’armer pour répondre véritablement et vivre fidèlement un engagement définitif dans la vie consacrée ou le mariage lorsque celui se présente plus clairement.

Ici le célibat peut prendre sens comme témoignage fécond de la plus belle forme d’amour qui soit : l’amour d’amitié.

Saint Thomas d’Aquin écrivait : « Notre vie humaine est faite pour nous exercer à avoir avec le plus d’êtres humains possibles l’amour d’amitié dont nous nous aimerons éternellement ». Ne nous y trompons pas, même au sein d’un couple c’est l’amitié entre les conjoints qui construit l’amour. C’est l’amitié qui cimente le lien conjugal et qui permet aux époux de traverser les tempêtes à travers lesquelles les passions sont purifiées. C’est l’amitié comme amour choisi, construit, bâti patiemment, dans la fidélité et la persévérance. Ainsi, le développement de réelles amitiés est un témoignage fécond pour tous, mariés ou célibataires.

Ici le célibat peut prendre sens comme témoignage de la recherche de sens. Le Révérend Père Jésuite Michel Bureau avait l’habitude de dire : « Les célibataires sont aux avant-postes de la recherche de sens ». En effet, dans un monde où l’on ne veut plus, ou l’on ne peut plus parfois se poser les questions existentielles fondamentales qui donnent la ligne directrice de toute une vie, gavés que nous sommes par le matérialisme consumériste, les personnes célibataires, par leur questionnement sur le sens de leur vie, permettent à d’autres de se recentrer sur l’essentiel.

Enfin, le célibat, pour un temps ou pour la vie, assumé comme une forme de pauvreté vécue à travers le vide qu’il peut laisser, est le témoignage assurément fécond de la capacité à se reconnaître pauvre et faible devant Dieu.

Encore une fois, notre société cherche à donner l’illusion de croire qu’elle peut se combler elle-même.

Encore une fois, il n’y a qu’à voir les échecs cuisants des modes de vie actuelle dans la décomposition familiale, le taux élevé des suicides et des dépressions pour comprendre qu’il n’en est rien. Seul Dieu comble. Mais pour accepter cela, encore faut-il prendre conscience, tous autant que nous sommes, de notre pauvreté.

Car comme pour saint Paul, c’est lorsque nous sommes faibles, qu’alors nous sommes forts. C’est lorsque nous reconnaissons et assumons notre faiblesse que nous pouvons alors laisser la force de Dieu agir en nous et nous rendre capables d’aller à Lui, de réaliser ce pour quoi nous sommes faits, de devenir ce que nous sommes.

Dès lors que les célibataires peuvent se reconnaître « pauvres de cœur », ils sont alors comme des boussoles rappelant que l’unique besoin des hommes, de tous les hommes quels qu’il soient, est Dieu, et que pour vivre pleinement cette Espérance, il faut nous aimer les uns les autres comme Notre Seigneur nous a aimés.
Alors, après être passés par bien des épreuves, nous verrons, comme Jean  un ciel nouveau et une terre nouvelle. Nous verrons descendre d’auprès de Dieu la Jérusalem nouvelle et Dieu lui-même sera avec nous. Il essuiera toute larme de nos yeux, et la mort n'existera plus ; et il n'y aura plus de pleurs, de cris, ni de tristesse. Amen !

 

+ Raymond CENTENE
Evêque de Vannes

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Published by celibataire catholique - dans Célibat en vue du mariage
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  • : Ce blog apporte du sens sur la question du célibat des chrétiens/chrétiennes qui ont vocation à se marier religieusement et à fonder une famille chrétienne. Le blog répertorie les sites, les documents, propose la découverte de témoignages vécus sur le célibat chrétien non-consacré et apporte son grain de sel (de la Terre) sur cette question ô combien délicate. Frères et Soeurs, nous sommes plusieurs à vivre ce chemin de Vie qui nous fait franchir les difficultés pour mener au bonheur.
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