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15 juin 2011 3 15 /06 /juin /2011 07:00

La famille, cellule d’Église (2e partie)
Par le Père Alexis LEPROUX
à l’église Sainte-Anne de la Butte aux Cailles, le 14 mai 2011
Retrouvez ici l’intégralité du texte.

Source : http://www.paris.catholique.fr/

2. Famille, d’où es-tu ?

Le premier élément que je voudrais mettre en lumière est ce que j’appelle l’exitus. L’exitus est un mot latin qui renvoie à la sortie. Ma question est : d’où vient l’esprit de famille ? D’où vient la famille ? D’où tire-t-elle sa force et son consistance ?

Un des lieux communs est de penser que la famille est une réalité naturelle : un homme et une femme qui s’aiment vont, par leur amour, fonder une famille. On considère qu’il y a une sorte de « nature » qui existe en soi et qui serait remise en cause par des problèmes sociaux-politiques.

On garde l’idée que la famille est une nature donnée. En reprenant ce mot d’exitus, j’essaie de mettre la famille dans une perspective autre, comme réalité qui vient de Dieu. Ce n’est pas d’abord un donné. C’est une vie qui sort d’une source ; et la source de la famille, c’est la communion trinitaire transmise par la médiation de l’Eglise. Il n’y aurait pas de famille sans une sortie de Dieu qui, par l’union d’une personne avec une communauté, crée une communion nouvelle.

C’est du Christ et de sa communauté apostolique que va jaillir l’esprit de famille et le fondement de toute famille. Dans un deuxième temps, je reviendrai sur le retour, le reditus. Une fois que la vie est sortie jusqu’à établir et fonder la personne, il y a un retour vers Dieu, un reditus. De la personne qui a été donnée dans une famille, va jaillir une famille qui va conduire à l’Eglise pour rejoindre la vie de Dieu.

Je pense qu’il est très important, quand on réfléchit sur la famille, de ne pas la penser d’abord en terme de définition : une famille serait un homme, une femme, des enfants… mesurée par trois générations etc. Il convient plutôt de la voir comme la vie sortant de Dieu et retournant à Dieu.

Pourquoi cela ? Parce qu’une femme ou un homme, s’étant marié et n’ayant pas pu avoir d’enfants, quelqu’un ayant été abandonné par son mari ou sa femme, est aussi une famille. Elle vient de Dieu et y retourne. Il ne faut pas appliquer trop étroitement sur la famille un modèle, une forme sociale.

Il convient plutôt d’identifier la vie de Dieu qui se donne dans des personnes jusqu’au point le plus ultime qui est ma liberté et la liberté de chacun, c’est-à-dire la vie de l’Esprit. On contemple alors la vie de famille, y compris – et peut-être plus encore – dans le cœur d’une personne abandonnée. Le Christ, seul sur la croix, le cœur ouvert, nous révèle exactement ce qu’est une famille. Il attend son épouse bien-aimée ; il peut dire : « Voici ta Mère » et « Voici ton fils », il retourne vers le Père.

Dans cette sortie de Dieu, un premier aspect est ce qu’on pourrait appeler l’image ou la ressemblance. Qu’est-ce donc qu’une famille ? La communion de trois personnes qui, se donnant l’une à l’autre dans un unique esprit, ne cessent de grandir les unes par les autres. Cela suppose pour nous d’avoir réfléchi la différence entre la chose, l’objet et la relation, la personne.

Un beau titre a été proposé par Jean-Paul II parlant de sa vie : « don et mystère ». Comment une femme, un homme, un enfant ou une personne seule est-il à la fois un don et un mystère ? Comment le seul lieu où la personne peut se découvrir comme don et mystère est-il précisément l’esprit de famille ? Quand vous êtes dans une entreprise, vous êtes plus utilisé pour vos compétences qu’accueilli comme une fin. Quand vous êtes dans le monde, vous êtes d’abord ce qu’on peut appeler un acteur, celui qui transforme le monde : vous le façonnez par vos mains.

Dans une famille, on n’est pas en train de fabriquer quelque chose. Le père et la mère n’ont pas des enfants pour obtenir un matériau qu’ils pourraient façonner à leur image en disant : « voilà notre œuvre ! ».

Par l’esprit de famille, les personnes vont devenir elles-mêmes dans la gratuité de la présence aux autres, en sorte qu’aucune des personnes présentes autour de la table ne se présente aux autres comme un instrument nécessaire. Les frères et sœurs ne sont pas des instruments nécessaires pour fabriquer les autres, ni même le père et la mère. Ce sont toujours des personnes données gratuitement à toutes les autres. Par la parole et par le corps, elles se donnent les unes aux autres et, s’expérimentant comme données les unes aux autres, elles grandissent en intelligence et sagesse. Elles ne sont ni un animal dans un champ pour labourer la terre ni une plante dans un jardin qui remplirait un lieu vide. Chacune est appelée à être le lieu où toutes les autres personnes se rencontrent. Le lieu où je suis assis autour de la table est le lieu où tous les autres se rencontrent. Et je ne peux rencontrer tous les autres que dans le cœur de chacun. Chacun apparaît ainsi comme la demeure de tous les autres. Tout cela s’initie dans le don de l’homme et de la femme qui, se donnant l’un à l’autre, habitent chez l’autre. A partir de cette heure, il l’a reçue chez lui.

 

Etre aimé et aimer, c’est demeurer dans un autre que soi, et découvrir que dans un autre que soi, il y a plus de place pour soi que chez soi ! Cela peut paraître étrange, mais je suis plus à l’aise dans le cœur d’un autre que dans mon propre cœur. De nombreuses personnes souffrent de la solitude. Ils sont à l’étroit parce qu’on ne leur a pas dit ou qu’ils ont oublié qu’on ne pouvait vraiment être à l’aise que dans le cœur d’un autre. Tant que je n’ai pas compris que l’espace de ma vie doit être le cœur d’un autre, voire de l’humanité tout entière, je risque de me sentir à l’étroit en ce monde.

 

Un homme ou une femme qui vivent l’un chez l’autre initient leurs enfants au fait de devenir une personne à l’image de Dieu. Le Fils est à l’aise chez le Père, le Père est à l’aise dans l’Esprit, l’Esprit est à l’aise dans le Fils. Mais personne n’est à l’aise en lui-même. Tel est le mystère de la personne : être la demeure d’autres personnes. Etre homme, c’est accepter d’habiter chez un autre. Vous avez là la réponse à l’individualisme comme à l’instrumentalisation des hommes. Jamais un enfant, un adulte ou un vieillard n’existe isolé de tous les autres. Tant que nous n’avons pas trouvé le cœur d’un autre, nous sommes sans repos, inquiets. On apprend cela autour d’une table, dans une famille, en se parlant, en se découvrant aimés gratuitement et en devenant communion de personnes ; on forme alors une communauté ecclésiale où les uns et les autres sont appelés les uns par les autres. Voilà le premier aspect de cette sortie de Dieu : la communion familiale des personnes s’inaugure dans le mystère du Christ qui nous révèle le Père et l’Esprit.

 

 

Sommaire

1e partie : Expérience de l'esprit de famille

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Published by Equipe du blog - dans Conférences
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