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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 07:00
Pas de sujets tabous pour l’Église…
par le Père Pierre Protot, prêtre et médecin

 
En quoi la vie de couple intéresse-t-elle l’Église ? Qu’en penser ?
On reproche parfois à l’Église d’intervenir dans le domaine de la morale conjugale. Certains couples s’insurgent, en effet, dès que le pape aborde le sujet et disent : « Notre vie privée ne regarde que nous ! »

L’Église se croit experte en humanité. Cela peut paraître très prétentieux si on oublie qu’elle n’est pas d’abord une institution humaine. Elle veut avant tout transmettre l’Évangile, c’est-à-dire la parole du Christ. Et le Christ n’est-il pas l’homme par excellence? Pour nous, chrétiens, il est l’homme qui, par sa vie, nous a montré ce que sont la vie et l’amour véritables. Jésus sait ce qu’il y a dans le cœur de l’homme, souligne l’évangile de saint Jean. Il peut donc nous révéler profondément ce qu’est le bonheur et le chemin pour y parvenir. Il a dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6). Si donc, nous cherchons la vie, la vérité de l’amour et la voie pour y accéder, nous pouvons les trouver dans l’Évangile.

Bien sûr, l’Église n’a pas à aller voir ce qui se passe dans le fond des chambres à coucher, mais elle peut dire ce que Dieu attend d’une relation d’amour entre un homme et une femme. Parfois, on oublie que les paroles que prononce l’Église viennent du Christ. De plus, toute la difficulté consiste pour elle à actualiser le message de l’Évangile aux situations d’aujourd’hui. Mais actualiser ne signifie pas dénaturer le message. Un exemple très douloureux pour nous, les prêtres, est celui des divorcés qui souhaitent se remarier à l’Église. La position de l’Église n’est pas toujours bien comprise. « Est-il permis de divorcer ? Moïse l’a permis. Toi, que dis-tu? » ont demandé au Christ ses contemporains. Jésus répond très clairement : « Au commencement, Dieu créa l’homme et la femme et il n’en était pas ainsi. » Par cette phrase, Il leur rappelle que le projet créateur de Dieu n’était pas de permettre, même s’il y a un sentiment d’échec, la séparation entre l’homme et la femme. Pourquoi ?« Celui qui répudie sa femme et en épouse une autre est adultère. » (Mc 10, 11). Paroles impossibles à prononcer aujourd’hui! Pourtant, ce sont les paroles du Christ lui-même. Elles manifestent combien l’engagement entre l’homme et la femme est important aux yeux de Dieu.

L’Église ne se permettrait jamais, et je vous mets au défi de trouver un seul texte dans ce sens, de juger telle personne sur son mariage, son divorce, son remariage, etc. L’Église ne juge jamais les personnes. Mais elle peut dire : « Cette relation est en vérité. Celle-là ne l’est pas. » C’est son rôle : Jésus nous a délivré un message de libération, afin que l’homme sache quel est le vrai chemin du bonheur. À chaque fois qu’un homme et une femme veulent rejoindre cette vérité, la parole de l’Église peut être comme un phare dans leur nuit.
En prenant le volant de sa voiture, aucun automobiliste ne se demande pourquoi il y a des feux verts et des feux rouges, des stops et des sens interdits, des ceintures de sécurité, etc. Tout le monde trouve cela normal. Pour que la circulation se fasse dans les meilleures conditions possibles, des règles sont nécessaires. C’est pareil pour l’amour.

L’Église, en posant certaines limites, défend en réalité l’amour véritable. Ces limites, nous les percevons comme des interdits qui entravent notre liberté. Or, par elles, l’Église veut aider l’homme à avancer sur les bons rails. Son discours ne nous fait pas toujours plaisir. Il rencontre l’épaisseur de notre chair humaine : nos pulsions, les blessures de nos éducations ou de nos contre-éducations, de l’esprit du monde qui est libertin. On vit en effet dans un érotisme ambiant qui nous met face à un paradoxe : d’un côté, on dit que notre amour relève du domaine privé et d’un autre côté, on vit en permanence dans un exhibitionnisme de l’amour. Dans un tel contexte, il n’est pas facile de trouver ses marques. L’Église, elle, nous propose un chemin, certes exigeant, mais qui est toujours chemin de bonheur pour ceux qui veulent bien le prendre. 

L’Église est-elle contre le plaisir ?
On a souvent l’image d’une Église contre le plaisir ? Est-ce vrai ?
Sans vouloir jouer sur les mots, on peut dire qu’elle est « tout contre », au sens où Dieu est le Créateur. En créant l’homme, il a inventé les papilles gustatives, les zones érogènes, les couleurs du ciel et de la terre, les parfums. Il nous a donné des oreilles pour apprécier des mélodies en tous genres. Tous ces plaisirs nous permettent de faire l’expérience de la bonté de la création que Dieu nous a donnée. Il a, non pas par hasard, mais par une logique toute divine, associé des actes vitaux que sont l’alimentation et la reproduction à des plaisirs forts pour que nous nous alimentions et pour que nous continuions à perpétuer l’espèce humaine.

La difficulté, concernant le plaisir, vient de ce que l’homme trouve là quelque chose de tellement exquis qu’il peut le faire passer en premier (dans la relation sexuelle, avant l’amour). Le risque du plaisir exacerbé, pris comme valeur passant au-delà de toute autre valeur, est de masquer la relation d’amour. Le jeu sexuel passe alors avant la rencontre des personnes. L’union des corps n’est plus alors le signe de l’union des cœurs. L’autre peut devenir l’objet de mon plaisir. Je ne le considère plus alors comme la personne aimée dont je reçois le plaisir.

Le plaisir recherché pour lui-même est une expérience hélas bien commune d’esclavage qui nous laisse un goût d’amertume et le sentiment de ne pas être maître chez soi. L’expérience du plaisir qu’on appelle désordonné est l’expérience d’un échec de sa propre existence. Il n’y a pas d’épanouissement de la personne dans un plaisir désordonné. Ce que l’Église dit par rapport au plaisir, c’est qu’il doit être intégré dans l’amour et non pas vécu en dehors d’un amour véritable. S’il ne l’est pas, il perd son sens et enferme la personne dans une insatisfaction profonde qui ne peut la mener au bonheur. 


Source : "Vivre heureux en couple", Revue "Il est vivant!", n°194, mai 2003, communauté de l'Emmanuel.


Dossier "Vivre heureux en couple"
(paru dans la revue "Il est vivant!", communauté de l'Emmanuel) :

Cohabiter ou se marier? (1)
Cohabiter ou se marier? (2)
Cohabiter ou se marier? (3)
Témoignage : Une aventure à deux (4)
Témoignage : Le mariage m’a appris la liberté (5)
Témoignage : Nous nous sommes pardonnés (6)
Témoignage : au bord de la séparation, ils ont choisi la fidélité (7)

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Published by celibataire catholique V - dans Célibat en vue du mariage
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  • : Ce blog apporte du sens sur la question du célibat des chrétiens/chrétiennes qui ont vocation à se marier religieusement et à fonder une famille chrétienne. Le blog répertorie les sites, les documents, propose la découverte de témoignages vécus sur le célibat chrétien non-consacré et apporte son grain de sel (de la Terre) sur cette question ô combien délicate. Frères et Soeurs, nous sommes plusieurs à vivre ce chemin de Vie qui nous fait franchir les difficultés pour mener au bonheur.
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