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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 08:00
Pour qui est dans le désert et veut en sortir, le chemin est intérieur... il l'a toujours été.


La tentation de Jésus au désert
Luc 4, 1-13.
Méditation du dimanche 25 février 2007
Par Nicole Sanchez Vidal
(Dess de théologie protestante)

C’est avec cet épisode célébrissime de l’Evangile de Luc que nous inaugurons cette année la période de Carême. Un temps béni de démarche spirituelle, de retour à Dieu afin de nous préparer à accueillir le mystère de Pâques, un temps de réflexion profonde et sereine sur ce qui nous fait vivre. Le texte qui est le nôtre aujourd’hui nous propose une réflexion sur le besoin, le désir et quel usage nous en faisons. Il intervient après deux passages complémentaires et tout aussi importants : la théophanie du baptême d’abord où l’identité de Jésus comme Fils de Dieu est révélée (3 ; 21-22) puis une séquence de généalogie qui souligne de manière très forte l’enracinement de Jésus (3 ; 23-38).

Dans ce texte, Jésus n’apparaît pas comme un thaumaturge, comme quelqu’un qui aurait des capacités surhumaines ; au contraire il vient à nous comme un être profondément humain : il a faim. Il est donc confronté à un besoin primordial, vital, naturel ; un désir de base. Jésus se présente à nous comme un retraitant : il vient de jeûner et de prier pendant 40 jours. Ce temps et ce lieu de retrait dans le désert ne sont pas anodin. Le désert est un lieu mythique de rencontre avec Dieu (qu’on pense à la rencontre de Moïse avec l’Eternel au mont Horeb). Et si Jésus va au désert c’est pour vivre un temps de rencontre très fort avec son Père ; le jeûne et la prière étant les deux moyens privilégiés de ce rapprochement.

Le désert est aussi un lieu privilégié de mise à l’épreuve ; qu’on se rappelle les épreuves du peuple hébreux marchant pendant 40 ans dans le désert et soumis à la faim, à la soif, au doute. De même que le peuple de l’Exode, Jésus aussi va être tenté mais dans une toute autre optique : Jésus triomphe de l’épreuve de la tentation de même que plus tard il vaincra définitivement le mal par sa mort et sa résurrection. Cette mise à l’épreuve se produit de trois manières : sous prétexte de trouver une solution au problème de la faim, il demande à Jésus de prouver qu’il est le Fils de Dieu et en cela de pervertir ses intentions. En effet, Jésus n’est pas venu sur terre pour prouver qui il est mais pour révéler qu’il est le Fils de Dieu à travers ce qu’il fait et pour apporter le salut à l’humanité.

Le tentateur cherche aussi à insinuer le doute dans l’esprit de Jésus sur sa mission de Fils de Dieu en l’interrogant sur les fondements et le contenu de sa mission. Il cherche à l’atteindre à travers une autre faiblesse humaine : la convoitise. Ce qui renvoie encore au problème du désir. Le diable sait très bien qui est Jésus et ce qu’il est venu faire (rappel constant « Si tu es le Fils de Dieu »). Mais il lui propose la solution compromettante du « tout, tout de suite » qui anéantirait la démarche propre au Fils de Dieu qui ne vient pas en son nom, qui ne met pas sa puissance au service de son ambition mais au service de l’autre et enfin dont la royauté n’est pas de ce monde. Si Jésus règne c’est sur nos vies, sur le cœur des hommes sans nous imposer quoi que ce soit et sans nous brusquer.

Enfin, le diable propose à Jésus de mettre Dieu à l’épreuve en le forçant à intervenir, ce qui le couperait de sa relation de confiance au Père avec qui il vient de passer 40 jours dans une communion totale de cœur et d’esprit.

Ces trois épreuves, on le voit bien, parlent au fond de la même chose ; notre rapport au désir : le pain qui renvoie à une recherche des seuls biens matériels, la compromission pour mieux assouvir nos ambitions de pouvoir, de gloire ou dit autrement de reconnaissance personnelle, le fait de limiter l’action de Dieu à des actes qui ne sauvent pas mais qui comblent un désir immédiat (changer des pierres en pain) sans tenir compte du plus important : ce que cela veut dire de notre relation d’amour à Dieu et de son plan de salut pour nous. A travers tout cela, c’est de notre humanité qu’il s’agit. Et ces épreuves ne peuvent que nous confirmer que Jésus a réellement partagé notre condition d’homme. A ce titre, nous pouvons affirmer que le désir présent chez Jésus est aussi le nôtre. C’est une situation normale parce que nous sommes fondamentalement des êtres de besoins.

Cet état de fait peut se trouver exacerbé par des contextes extérieurs : des conditions particulières (comme dans le texte), des invitations permanentes à vouloir toujours désirer plus. C’est ce que nous vivons en permanence à travers la société de consommation. Nous sommes invités à faire sans cesse de notre désir une Loi, le souverain bien sous prétexte de passer pour des gens « dans le coup », pour des épicuriens modernes. Ce serait oublier qu’en comprenant les choses ainsi, nous pervertissons l’héritage d’Epicure pour qui le désir, plaisir n’était pas un but un soit mais qu’il consistait dans la recherche de ce qui pouvait nous apporter la paix intérieure.

Nous n’avons pas changé avec les siècles : nous sommes fragiles, nous serons toujours soumis à des désirs, nous aurons toujours besoin d’être rassurés devant la souffrance qui induit la tentation. A nous d’être vigilants en cette première semaine de Carême face à la teneur de nos désirs et la place qu’ils prennent dans nos vies. Jésus nous propose ici un moyen sûr de faire face à nos tentations ordinaires en nous assurant le secours constant de l’Esprit Saint qui lui a inspiré les réponses à donner au diable. A nous de le demander dans la prière. Jésus nous délivre de toute tentation grâce à la puissance de la Parole de Dieu qui fait obstacle à notre assujettissement au besoin.

Nous sommes fortement encouragés à rester ferme dans la confiance face à la parole de Dieu et à apprendre à l’Ecouter. Pour conclure, rappelons-nous de cette parole de Paul qui sera écrite bien après : « Il (Dieu) ne permettra pas que vous soyez éprouvés (ou tentés) au-delà de vos forces, mais avec l’épreuve (ou la tentation) il vous donnera le moyen de l’endurer et d’en sortir. » (I Corinthiens 10 :13).

Amen

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Published by celibataire catholique V - dans La rencontre de l'autre
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