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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 07:00
Troisième partie de la conférence. Certes, il est très facile de confondre émotions et sentiments. Voilà que le Père Pascal Ide nous prévient : le sentiment d’amour n’est pas tout, à lui seul il ne cimente pas le couple uni dans le sacrement du mariage. Peut-être est-ce une sagesse à méditer longuement sur les petits actes d’amour avec nos proches, comme un entraînement intensif qui nous prépare à la vie conjugale. Soyez prompt à discerne que vos interlocuteurs partagent le même état d’esprit que vous pour que ce don soit riche dans les cœurs… Bonne lecture !

 

 

Troisième partie :
"Ces petites délicatesses qui font justement
tout le secret de l’amour"

 

"Une autre question aussi qu’on se pose par rapport à cette vocation au mariage, c’est toujours dans mon premier point, c’est : « peut-on s’aimer toute la vie ? » C’est clair qu’aujourd’hui quand on parle d’amour, l’amour c’est le sentiment d’amour, aimer de plus en plus quelqu’un c’est de plus en plus avoir de tremblements, des espèces d’immenses frissons qui parcourent l’épine dorsale quand on voit la personne, c’est aussi très agréable d’être amoureux, je ne sais pas si vous avez déjà été amoureux, mais il paraît que c’est très agréable, en tout cas.

 

Le problème, c’est que des études américaines ont montré que le sentiment amoureux ça durait entre trois et cinq ans. On est mal partis, surtout que aujourd’hui, avec la durée de vie qui s’allonge, vous en prenez minimum pour un demi-siècle.

 

Comment faire si ce n’est que le sentiment ? Et c’est vrai que je vois de plus en plus de couples qui se séparent tôt et qui disent « On est sincère ». J’ai vu l’autre jour un couple qui disait : « On se sépare tant qu’on s’aime ». Extraordinaire paradoxe ! « Comme ça on souffre moins. » Est-ce qu’en effet un couple peut se fonder seulement sur le sentiment d’amour ?


J’entends bien que c’est important surtout aujourd’hui, surtout après le XIXe siècle où le Romantisme a quasiment idolâtré ce sentiment d’amour. Mais le sentiment d’amour lui-même ça va, ça vient. C’est même très frappant de voir dans un couple que souvent le sentiment est asymétrique, souvent l’un aime plus que l’autre, si ce fait que l’autre se sent culpabilisé, donc essaie d’aimer un peu plus, il y a une espèce de mouvement de va-et-vient.

 

Si le sentiment amoureux est le seul fondement de l’amour, d’abord sa durée de vie est faible et surtout il y a quelque chose d’extraordinairement passif.

 

Le sentiment amoureux c’est très agréable, on s’en grise, on s’en enivre même, mais au fond on est plus acteur. Je ne crois pas qu’aimer de plus en plus quelqu’un, ce soit ressentir de plus en plus d’amour pour quelqu’un.

 

Je crois qu’aimer c’est de plus en plus chercher le bien de l’autre, aimer c’est très concrètement chercher ce qui pourrait plaire à l’autre. Je ne sais pas si vous connaissez les paroles admirables de ce couple qui a duré avec un amour toujours croissant, les Bourbon Busset, dans sa lettre à Laurence, Jacques de Bourbon Busset dit « Aimer c’est tous les jours tous les instants » et la première épître de Jean que cite Jacques de Bourbon Busset qui disait : « Mes petits-enfants n’aimez pas seulement en pensées et en intentions, mais en actes et en vérité. Aimer c’est penser des petits actes d’amour. »

 

Poser des actes d’amour ça commence ici. Comment se prépare le mariage ? Tous les jours poser un acte d’amour tout simplement. Si on se dit qu’aimer, c’est produire des actes d’amour, ça par contre on peut y arriver. Sinon, une espèce de modèle un peu anthropique, on s’imagine que voilà au point de départ, il y un cocon bien chaud qui se refroidisse le plus lentement possible pour que lorsque j’aurais 50 ans de mariage, je ne sois pas complètement égoïste.

 

L’autre jour, j’étais à un mariage et je voyais un « vieux couple », avec vingt ans de mariage, et tout à coup je vois le mari, qui avec un geste d’une infinie délicatesse prend le châle de son épouse et le pose sur son épaule, car il était un petit peu tombé. Combien de fois je suis reçu par des couples qui ont dix-quinze ans de mariage : « Bon passe-moi le sel ! » « Oh mon père, si vous voulez bien me passer le sel s’il vous plaît. »

 

Quand je vois le décalage - la politesse est le signe même de l’amour - combien facilement on perd ces petites délicatesses, qui font justement tout le secret de l’amour.

 

C’est vrai que ça ne paraît pas facile. Je pense qu’il y a un autre obstacle, par rapport au « durer toujours ». On n’est pas sorti du mythe romantique, le mythe romantique a fait de l’amour un dieu, et je pense que souvent on fait de l’autre un tout. Je reçois un jour une jeune mariée, que j’avais marié cinq ans avant, qui vient me trouver en crise aiguë en disant : « Mon père c’est terrible, je ne l’aime plus, non mais vraiment je ne l’aime plus. J’étais raide amoureuse pendant cinq ans et là il est parti pour son travail et c’est la première fois que non seulement je ne suis pas triste qu’il parte mais j’en suis soulagée. Je ne suis pas vraiment soulagée, je me rends compte qu’en fait il s’arrange toujours pour arriver à huit heures et demies du soir, quand j’ai lavé les enfants, quand ils sont couchés, donc il en fait le moins possible. Pire que ça, l’autre jour j’étais à un dîner, je vois deux jeunes qui étaient en train de s’embrasser et dire que j’étais comme eux quand j’étais fiancée. Franchement, qu’est-ce que j’étais ridicule ! Et là mon père je n’ai pas dit le pire : il n’y a pas longtemps j’ai rêvé et dans mon rêve je trompais mon mari. » Bon, qu’est-ce que je pouvais dire ?

 

Esprit Saint éclaire-moi. Et tout à coup, il me vient une chose : « Je pense que c’est bien plus grave que ce que vous pensez. Ce n’est pas votre mari que vous trompez, non ce n’est pas votre mari, c’est Dieu. » Alors là, déconfiture. « Mais oui, parce qu’au fond, vous demandez à votre mari qu’il tienne le rôle de Dieu, à savoir qu’il soit comblant, qu’il soit parfait, qu’il soit saturant de tous vos désirs, qu’il soit sans aucune faille. Et bien tout à coup vous êtes en train de vous rendre compte que votre mari vous déçoit, finalement qu’il est comme disait Charles Lambert une créature humiliée dans l’imparfait. Vous vous rendez compte qu’il a des limites, et bien maintenant vous allez commencer à l’aimer. »

 

Et je pense en effet que tant que l’on idéalise l’autre, d’abord on n’est pas dans le réel, et surtout on demande tout à l’autre.

 

Un des conseils que je donne toujours aux fiancés et après ça quand ils se sont mariés, parce que j’aime bien assurer le service après vente. C’est : « s’il vous plaît tant mieux que votre conjoint soit votre meilleur ami, mais surtout qu’il ne soit pas votre unique ami. » Et ça c’est très redoutable.

 

Quand l’autre est l’unique, on lui demande tout et moi il me paraît très heureux qu’on ait des amis en dehors. Concrètement, j’ai marié plusieurs amis philosophes qui ne sont pas mariés avec des philosophes. Quand on est philosophe, vous savez, la philosophie, on la chérit quasiment comme une épouse, Dame Sophie, et justement leur épouse n’est pas philosophe. Ils ont à demander à leurs amis philosophes ce que leur épouse ne pouvait pas leur donner, parce que ce n’est pas sa tasse de thé. Et de ce fait-là, ils découvraient donc que leur épouse leur donnait quelque chose d’essentiel mais ne leur donnait pas tout. Et ça commence tôt là aussi, d’apprendre à avoir plusieurs amis, donc de sortir de l’exclusivité pour justement se rendre compte que la diversité est maître.

 

Quand petit à petit on sort de la désidéalisation, de la désidolatrisation si je puis parler ainsi, on se rend compte donc qu’on peut aimer pour toujours. Et juste vous rappeler un petit point, qui termine cette première partie. Avez-vous remarqué quand vous allez aux messes de mariage, dans l’échange des consentements, la condition essentielle qui est demandée par l’Eglise pour que deux personnes se marient ce n’est pas qu’elles s’aiment. Je n’ai jamais entendu un prêtre demander aux époux : « Est-ce que vous vous aimez ? » Non. La question c’est : « Veux-tu te donner ? » Et la réponse, vous savez, c’est que « Je me donne à toi et je te reçois. » Ça montre bien que le cœur de l’amour, le cœur du mariage, certes on peut dire que c’est l’amour, mais attention, l’amour au sens de « je me donne et je te reçois » C’est bien les deux, parce que parfois on a plus de facilité à donner, mais il faut parfois beaucoup d’humilité pour recevoir et pour recevoir de l’autre comme il veut et quand il veut. Cette grande patience [ndlr : longanimité] qui, nous dit saint Paul, dans les caractéristiques de la charité, est la première caractéristique de l’amour."

 

Conférence du Père Pascal Ide, Forum de l’Amour du 29 janvier 2005.

Sources : http://www.generationjpii.org/article775.html et http://www.forumdelamour.com/

 

 

Première partie : "Être soi-même pour rencontrer son promis ou sa promise"

Deuxième partie : "Se donner, ce n’est pas s’immoler"

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Published by Célibataire catholique V - dans Célibat en vue du mariage
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