L'article éclaire le lecteur sur les qualités et les lacunes de l'ouvrage par un commentaire objectif, empreint de discernement. Le livre est à la portée de tous les chrétiens en
questionnement, qu'ils soient orthodoxes ou appartenant à d'autres confessions chrétiennes. Bonne lecture!
Métropolite de Nafapaktos Hiérothéos, « Psychothérapie orthodoxe. La science thérapeutique des Pères de l’Église »

Métropolite de Nafapaktos Hiérothéos, Psychothérapie orthodoxe. La science
thérapeutique des Pères de l’Église. Traduction de Pierre Deschamps, Éditions du monastère de la Nativité de la Mère de Dieu, Levadia (Grèce), 2007, 412 p.
Mgr Hiérothée Vlachos, métropolite de Nafpaktos (plus connu en France sous le nom de Lépante), est l’auteur de nombreux livres dont deux ont déjà été traduits en français. Ce livre, dont c’est la
6ème édition en Grèce, est l’un des plus connus, et il est heureux que le Père Pierre Deschamps en ait entrepris la traduction et se soit chargé de son édition et de sa diffusion (on pourra le
trouver à la Librairie Saint-Serge).
L’auteur entreprend ici, en s’appuyant sur les écrits des Pères (en particulier la Philocalie), mais aussi sur les enseignements de deux de ses maîtres, le Père Jean Romanidis et le Père
Sophrony, de montrer que « l’Orthodoxie est une science thérapeutique », que l’hésychasme constitue une méthode de guérison des maladies de l’âme et qu’un père spirituel authentique est un
thérapeute.
L’auteur n’entre pas dans les détails et ce livre a plutôt une fonction introductive ; le volume de celui-ci (plus de 400 pages) s’explique par le fait que l’auteur accorde une grande place aux
présupposés du thème qu’il traite et se livre à de nombreuses digressions de caractère très général comme, pour ne citer que quelques titres de chapitres : «Qu’est-ce que le christianisme?»;
«Qu’est-ce que la thérapie?»; «Les conditions préalables pour l’ordination des prêtres»; «Qu’est-ce que l’âme?»; «Qu’est-ce que le cœur?»; «Que sont les passions?» ; «L’hésychia» ;
«L’anti-hésychasme» ; «Gnoséologie orthodoxe».
Le livre se lit avec aisance. La perspective de l’auteur est globalement pertinente. La dimension thérapeutique de la vie ascétique (que l’auteur appelle ici hésychaste) telle que la conçoit la
tradition patristique et orthodoxe est à juste titre soulignée.
Il nous semble cependant que sur certains points son approche reste trop étroite et appelle quelques réserves. En premier lieu, l’auteur a une conception morcelée, réductrice et peu cohérente en
distinguant ces quatre types de maladies: la maladie du nous, la maladie du cœur, la maladie des pensées-logismoi, la maladie des passions. En deuxième lieu, la notion de « maladie de l’âme »
utilisée tout au long du livre est ambiguë ou confuse: il serait nécessaire d’établir une distinction entre les maladies mentales et les maladies spirituelles, même si dans un certain nombre de
cas celles-là s’expliquent par celles-ci ; cela éviterait d’un côté le risque de réduire la vie ascétique chrétienne à une psychothérapie, fût-elle supérieure aux autres ; cela permettrait de
l’autre côté d’envisager la guérison de l’homme que vise le christianisme et que signifie, en son sens étymologique, le mot «salut», comme dépassant celle des maladies psychiques tout en
l’incluant dans une certaine mesure. En troisième lieu, il y a chez le Métropolite Hiérothée une nette tendance à considérer (et cela lui a été souvent reproché) que toutes les maladies mentales
relèvent exclusivement de cette « psychothérapie othodoxe » dont il expose ici les présupposés et les grands principes. Or, comme je l’ai montré dans plusieurs de mes livres, s’il est vrai que
certaines maladies mentales ont une étiologie spirituelles, d’autres relèvent manifestement, en raison de leur origine organique, d’une thérapeutique médicale ordinaire, et quelques autres
encore, en raison de leur caractère sui generis, d’une thérapeutique psychologique adaptée.
Jean-Claude Larchet
Source : "Orthodoxie, L'information orthodoxe sur Internet"
http://www.orthodoxie.com/2008/01/recension-mtrop.html
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